Le rapport de la mission E-educ a été remis au Ministre Xavier Darcos le 21 mai par Jean Mounet Président du Syntec, auquel elle avait été confiée le 23 janvier dernier. La lettre de mission rappelait l'objectif national: faire de l'école le lieu d'appropriation, par tous les élèves, des usages des TIC comme source d'information, de communication et d'accès à la connaissance. Lors de la conférence de presse le Ministre réaffirma les enjeux, en substance: éviter la fracture entre les familles et l'école, éviter les inégalités entre les établissements, généraliser les Espaces numériques de travail, créer un portail pour améliorer l'identification des très nombreuses ressources multimédia et créer un observatoire national des TICE.
Je constate avec ce rapport intitulé Pour le développement du numérique à l'école, de nombreuses convergences mais aussi quelques différences que je vous propose d'examiner au regard de mon livre.
Pour le développement du numérique à l'école
Dès le préambule il est précisé: Ce rapport de la mission E-educ est fondé sur une conviction: le développement généralisé du numérique dans l'espace éducatif est à même de faire progresser l'efficacité de notre école dans l'enseignement et la prise en charge des élèves, mais aussi dans son fonctionnement et son ouverture. Sur le fond je partage les idées du rapport, idées que j'ai souvent développées tout au long de ce blog ou de mon bouquin (dans l'Avant-propos je précise ... ce livre ne traite pas de leur bien fondé (des TIC). J'en suis convaincu et tiens pour aquis que l'accès au savoir est profondemment modifié, que l'Internet est un fait de civilisation majeur qui nous oblige à repenser notre approche du monde). Ce rapport faisant une petite centaine de pages je ne prétends en aucune façon à l'exhaustivité, je reprends simplement quelques thèmes qui à mes yeux sont importants:
Principe de cohérence.
La France de par la complexité de son organisation politico-administrative réclame une organisation spécifique. Etat, communes, communautés, départements, régions... chacun connaît la multiplicité des acteurs, ce fameux millefeuille. Les initiatives sont nombreuses et la construction d'une vision partagée en est l'enjeux. Il est remarquable que cette formule, vision partagée est utilisée très fréquemment comme un fil d'Ariane, autre façon de parler de la capacité à mobiliser l'ensemble des parties prenantes pour organiser et mutualiser leurs efforts, optimiser leurs collaborations. Comment partager les enjeux et les opportunités d'un projet de très grande ampleur, un chantier colossal avec une population cible de près de 30 millions d'utilisateurs?
Le rapport est net et précis, l'E-éducation ne peut être vue que comme un projet global, de l'école à l'enseignement supérieur, porté par des enjeux sociaux et économiques fondamentaux pour l'avenir de la Nation. Dans la mise en oeuvre d'une telle démarche, le facteur humain est prépondérant et la conduite et l'accompagnement du changement sont au coeur de l'E-éducation. Mais il n'est aucunement besoin de pronostiquer une révoltion pédagogique qui devrait précéder. Dès lors que les enseignants sont informés des potentialités des équipements, formés et accompagnés dans leur mise en oeuvre, alors les motivations se font jour et les usages se développent. C'est l'une de mes thèses, un des chapîtres s'intitulant à propos des ENT: un facilitateur au service de la neutralité pédagogique. L'ENT autorise une évolution progressive des pratiques pédagogiques
Mais il y a une condition, et d'importance.
Principe de qualité.
Un des principaux reproches fait par le "terrain" est la confrontation à des difficultés matérielles profondément déstabilisatrices lorsque vous êtes en situation dans une classe, ceci est aujourd'hui un frein notable au développement de le E-éducation. Il faut donc promouvoir comme premier objectif la qualité de service, la solidité et la sécurité de la solution. La performance d'abord. Là aussi le rapport est net et précis: les conditions de réussite d'une introduction, puis d'une généralisation progressive d'un Environnement numérique de travail reposent en particuler sur un haut niveau d'exigence en matière de qualité de service. La satisaction des utilisateurs devient le premier indicateur de qualité!! Le rapport insiste sur une évidence mais en fait est-ce une évidence pour tout le monde? Si la qualité a un coût, la non-qualité aussi. Et la qualité non maîtrisée est source de dérive budgétaire.
Principe de partenariat.
Si le principe de cohérence impose le déploiement d'un projet global, il est alors confronté à des logiques d'organisation distinctes dont la réussite repose sur la mobilisation d'un ensemble de technologies, de ressources humaines, d'organisations qui doivent être coordonnées en permanence. C'est pour cette raison que dans mon livre je parle de co-pilotage, il y a deux maîtrises d'ouvrage qui doivent travailler ensemble. La mission va plus loin dans la démarche en proposant le recours à un Partenariat Public Privé. Les avantages sont le partage des risques sur un secteur où les aléas sont réels, la présence d'un seul maître d'ouvrage et la possibilité pour les autorités publiques de s'en tenir à des objectifs de performance plus que de moyens.
Cependant le rapport reconnaît lui-même que le PPP n'est pas une option systématiquement étudiée car elle implique une charge d'instruction plus lourde pour des projets qui demandent déjà un réel investissement. Et de poursuivre que In fine, c'est la mobilisation des organisations et des acteurs qui constitue une composante essentielle du succès de la mise en oeuvre des projets.
Aujourd'hui une région comme l'Auvergne et les quatre départements mettent en oeuvre la généralisation de leur ENT sans avoir recours à un PPP. Une autre région que je ne nommerai pas a mis en place un PPP et est complètement en panne. Alors? La volonté politique est pour moi le meilleur des garants.
Principe de réalité.
Autre certitude pour le rapport, le premier degré est en dehors de la dynamique observée dans le second degré. Hélas bien en accord avec cette réalité, j'écrivais d'ailleurs dans mon bouquin: dans le primaire, à quelques exceptions notables et connues près, le niveau d'équipement est éloigné des standards requis, l'existence des ENT très peu fréquente et le pilotage du projet institutionnel inexistant.
Le rapport dégage quelques voies que je préconise effectivement. Il faut avancer plus rapidement sur le développement de solutions industrielles hébergées (mode ASP) qui favoriseraient une intégration totale et simple dans l'environnement des écoles, parfaitement interopérables et compatibles "base élèves". J'insiste personnellement sur le coté industriel qui est la seule façon de respecter le principe de qualité. Ensuite le rapport intervient sur un point essentiel, le niveau de mutualisation des communes en positionnant l'intercommunalité comme une réponse adéquate, c'est ma profonde conviction que j'ai au demeurant déjà largement développée. Il devient urgent que ces communautés se saisissent de cette problématique, ce qui est aujourd'hui exceptionnel.
Ensuite le rapport fait référence à un autre niveau possible de mutualisation, régional cette fois et reconnait lui-même que c'est complexe. Il y a à mon avis contre-sens lorsque comparaison est faite avec la Catalogne. Le différence c'est que la Catalogne s'occupe du déploiement des TIC de la maternelle au supérieur et c'est pour cette raison que les régions possédant des compétences élargies avancent à grands pas. Nous, nous sommes obligés de monter des usines à gaz, j'y crois difficilement mais vous en laisse juge en jetant un oeil page 36.
Principe d'actions.
Le développement du numérique exige un soutien fort et continu des politiques publiques impliquant l'Etat et les collectivités territoriales. Mais la mission ne se contente pas de faire un diagnostic et propose un cadre d'actions décliné en cinq chantiers, chaque chantier comportant son propre planning de déploiement:
Chantier 1: Bâtir l'école numérique. Il n'est plus possible de se référer uniquement à une entité physique car l'espace éducatif est aussi un espace d'interactivité en réseau qui doit intégrer la mobilité de tous les acteurs. Il y a donc obligation de construire des infrastructures fiables et disponibles et aujourd'hui force est de constater que le niveau n'est pas suffisamment professionnel. Il faut donc d'une part mettre en place une stratégie commune de long terme et d'autre part construire un projet d'école numérique par établissement qui doit prendre en compte le coeur de métier de chaque acteur. Chaque projet pourrait être un contrat d'objectif sur deux ans entre l'école, la collectivité et l'académie avec l'objectif de mettre en oeuvre tous les moyens et les conditions à sa réussite.
Chantier 2: Optimiser l'action conjointe des pouvoirs publics. C'est l'un de mes chevaux de bataille et la commission rappelle que c'est de la convergence effective des efforts engagés par l'Etat et les collectivités que l'on peut attendre l'impulsion nécessaire au développement massif du numérique à l'école. Il est proposé une des idées les plus importantes du rapport, la possibilité de créer un cadre partenarial national pour optimiser les engagements réciproques des acteurs publics, un comité de gouvernance académique pourrait s'appuyer alors sur ce cadre national. Mais consciente des retards la commission appuie l'idée d'une focalisation sur le premier degré avec un horizon fin 2008.
Chantier 3: Conduire et accompagner le changement. La commission réaffirme le rôle essentiel du chef d'établissement pour donner les impulsions susceptibles de soutenir le développement des usages dans et autour de son établissement, pour tisser un lien numérique avec l'extérieur de son établissement. Il est un acteur clé dans la relation avec les enseignants et les parents. Un ensemble d'actions doivent participer à la conduite de changement: l'information et la communiaction (nationale et locale), la formation, le support et l'accompagnement des acteurs.
Chantier 4: Stimuler la production de ressources numériques et de services. La commission a bien compris que le développement du numérique introduit de nouvelles formes de production et de diffusion et que de nouvelles logiques économiques émergent. Mais la commission constate aussi que la France peine à faire émerger un marché actif alors que plusieurs start-up prennent des positions internationales (Netvibes, Dailymotion...). Mais peut-être paradoxalement, la commission ne propose pas en premier lieu un soutien à la production mais oriente vers le soutien à la demande. Ce chantier s'articule sur quatre axes: mettre en place une plateforme d'information nationale, doter l'école d'un chèque ressource, accompagner dans le choix et la mise en oeuvre, instaurer un Observatoire national des TICE.
Chantier 5: Développer un partenariat éducatif pour le numérique avec les entreprises du secteur. Le secteur des TIC est dynamique mais aujourd'hui peine à recruter, la filière ne semble pas assez attractive pour les jeunes ceci étant particulièrement vrai chez les filles. La commission propose par exemple la création d'un Droit individuel à la formation (DIF) Education et la mise en place d'une structure projet Ecoles/entreprises permettant d'assurer la dynamisation et la professionnalisation des relations entre les collèges, lycées et les entreprises du secteur des TIC.
Conclusion.
Cette commission, dont le Ministre a fait siennes les conclusions, est d'importance car elle replace les enjeux au niveau qu'ils doivent être. Les TIC modifient en profondeur l'accès au savoir et les conséquences sociales sont considérables. Subir cette situation ne peut que faire perdre du temps à notre jeunesse et donc à notre pays, les questions posées étant celles de notre siècle il y a urgence à engager des politiques conséquentes. Je regrette seulement que la partie financière n'ait pas été étudiée de façon plus approfondie et que sauf erreur de ma part il n'ait été fait aucune réfétrence à la mobilisation possible de fonds FEDER. Mais je retiendrais de ce rapport la nécessaire vision commune et globale des pouvoirs publics, le partenariat stratégique, l'implication des acteurs locaux, l'exigence de haute qualité industrielle des solutions et les mesures d'accompagnement.
Le déploiement des Espaces numériques de travail à l'école et plus généralement celui des TIC est bien un projet politique qui engage toute la Nation.
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