Marseille du 24 au 26 mars 2009, les 14ièmes rencontres de l'Orme (Observatoire des Ressources Multimédias en Education).Intervenant dans le cadre d'une mission nationale, l'Orme agit pour le développement des usages du multimédia éducatif et de l'Internet. Cinq écrans à la Une... effectivement Pierre Desgraupes ne reconnaîtrait probablement pas son monde cathodique. Je vous propose un focus sur ce thème qui fut central lors de ces journées.
Il est d'usage de différencier les écrans en cinq familles: le cinéma, la télévision, l'ordinateur, le téléphone portable et les devices spécialisés (tablette, e-book, console, domotique...). Cette déferlante dans notre espace modifie la société, modifie l'accès à la connaissance et sans aucun doute, l'éducation. La question n'est donc pas théorique de savoir dans quelle mesure l'Education nationale intègre cette diversification médiatique dans les modes d'enseignement.
Mais pourquoi en sommes nous là?
Depuis quelques années, disons max quatre, le Web s'est profondemment modifié. Ce que l'on appelle la Web 2.0 a supplanté la Web 1.0, c'est à dire qu'une logique de production s'est substituée à une logique de consommation. Des centaines de millions d'internautes mettent en ligne leur production utilisant les services comme YouTube, Google, Picasa, Facebook, FlikR, Wikipédia,Netwibes ou encore Twitter. Mais plus encore ces services produisent non seulement du contenu mais de la relation, il est possible de créer son réseau privé de vidéo-communication et les réseaux sociaux explosent. Quelques 20.000 services Web 2.0 sont estimés et ils ont au moins un point commun, ils sont faciles de prise en main et rapides de mise en place.
Techniquement ils sont tous sur le même type d'architecture informatique, ces services sont hébergés. La conséquence est immense car toute la complexité du système est à l'extérieur du zinzin que manipule l'internaute, les terminaux peuvent donc être beaucoup plus légers. Ajoutez à cela les évolutions technologiques (Wifi, Wimax, 3G, table tactile, e-paper, Wii, baladodiffusion...) l'équation devient alors simple: nouveaux écrans + nouveaux services = nouveaux usages au carré. Seule notre manque d'imagination peut brider ces développements, mais quand on voit la capacité d'invention ou de détournement des usages des jeunes générations il ne semble pas que nous prenions ce chemin.
Revenons à nos moutons, ces nouveaux services ultra-utilisés par les jeunes, sont-ils présents dans les établissements scolaires? Poser la question c'est quasi y répondre car dans les faits nous le savons, ils le sont très peu. Question de moyen, de formation? Peut-être mais probablement plutôt question de culture. Sommes-nous capables d'accepter de ne plus tout contrôler, d'accepter une information plus diffuse et moins centralisée? Devant la forte évolution de ces services, sommes-nous capables d'accepter une remise en cause de nos pratiques, une diminution de leur stabilité? Sommes-nous capables d'accepter finalement une plus grande diversité des pratiques pédagogiques?
Ce questionnement n'épargne pas les grandes solutions technologiques mises à la disposition de la communauté éducative comme les Espaces numériques de travail. Si, comme c'est la cas aujourd'hui, certains ENT sont réfractaires au Web 2.0, il ne faudra pas s'étonner de leur faible utilisation et de leur contournement par une myriade de solutions facilement déployées répondant aux aspirations des jeunes. D'ailleurs, les ENT 2.0 ne sont-ils pas la réponse à cette très grande profusion en mettant un peu de cohérence, trop de services tuant les services? Car sinon, ne peut-il exister un risque de balkanisation des nouveaux services au sein d'un établissement?
La dynamique des acteurs sera toujours la clé de l'innovation.
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